
Les produits biosourcés, définis comme des produits non alimentaires issus partiellement ou totalement de la biomasse, connaissent une adoption croissante dans de nombreux secteurs industriels. Ils sont aujourd’hui utilisés aussi bien comme intermédiaires chimiques que sous forme de produits simples entrant dans la composition d’autres formulations, ou encore sous forme de produits finis directement commercialisés. Ce marché en pleine expansion représente environ 5 % en volume et 10 % en valeur, générant entre 22 000 et 40 000 emplois directs en France.
Depuis 2018-2019, le secteur connaît un nouvel élan, marqué par un repositionnement stratégique vers des solutions innovantes et à forte valeur ajoutée, exploitant les fonctionnalités uniques de la biomasse au-delà des simples substituts des molécules fossiles existantes. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte favorable, porté par la transition écologique et des politiques publiques structurantes, telles que la RE 2020 et l’extension des filières REP, qui encouragent l’adoption de solutions biosourcées. La demande sociétale croissante pour des produits plus vertueux renforce également cet essor.
Cependant, certaines questions sous-jacentes demeurent quant aux capacités des filières agricoles et forestières à produire la biomasse nécessaire, tout en garantissant une hiérarchisation des usages cohérente et durable. Pour répondre à ces enjeux, il est essentiel de disposer d’éléments économiques objectifs permettant d’éclairer les choix stratégiques et d’orienter le développement du secteur.
Dans ce cadre, l’étude commanditée par l’ADEME, en partenariat avec Bioeconomy For Change, Ceresco et FRD-Codem, apporte un éclairage approfondi sur les dynamiques actuelles, les enjeux économiques, environnementaux et réglementaires, ainsi que les perspectives de développement des filières biosourcées en France.
Une vingtaine de produits biosourcés industriels étudiés pour leurs applications en chimie et matériaux, représentatifs des principaux marchés français

Produits biosourcés : un marché en transition, entre opportunités économiques et leviers de croissance
Sur un chiffre d’affaires total de 110 Mds€, couvrant les usages en chimie et matériaux des 18 catégories de produits étudiées, les ventes de produits biosourcés atteignent 11,9 Mds€, soit 11 % du marché. Certaines familles de produits, notamment les cosmétiques, se distinguent par leur contribution majeure à cette dynamique.

Le volume total de carbone consommé* par les catégories de produits étudiées (hors double comptage) atteint environ 9 500 kt eq C. De cette quantité de carbone consommée, entre 4,3 et 4,7%, soit ~420 à 460 kt eq C est issue de matière première biosourcée. Cette part, encore limitée, met en évidence la place actuelle du biosourcé dans ces secteurs et son potentiel de croissance dans les années à venir.

*L’unité « kilotonne équivalent carbone » (kt eq C) est utilisée pour mesurer la quantité de carbone contenue dans les différentes catégories de produits étudiées. Ce choix méthodologique permet d’harmoniser la comparaison entre des produits aux compositions variées en se focalisant sur leur contenu en carbone biogénique et fossile. Il évite ainsi d’inclure des composants non pertinents, comme l’eau ou certaines matières minérales, garantissant une évaluation plus juste et pertinente de l’impact des produits biosourcés sur le marché.
les secteurs de l’hygiène et de la cosmétique, du bâtiment et de la détergence, peintures et encres en tête
Les secteurs les plus consommateurs de carbone biosourcé :
- L’hygiène et la cosmétique représentent une part importante de la consommation, portée par l’intégration croissante d’ingrédients biosourcés comme les huiles végétales et les tensioactifs naturels.
- Le bâtiment (bétons, isolants) se distingue également, favorisé par les exigences réglementaires comme la RE 2020, qui pousse à l’utilisation de matériaux plus durables.
- Les marchés de la détergence et des peintures bénéficient de la montée en puissance des tensioactifs et résines biosourcés, répondant à la demande croissante pour des solutions plus respectueuses de l’environnement.
Des secteurs encore en retrait :
- Le textile est faiblement représenté dans cette répartition car l’étude se concentre uniquement sur le lin et le chanvre produits en France, limitant son ampleur.
- L’emballage et le transport montrent une adoption encore limitée des solutions biosourcées, bien que des innovations émergent dans les matériaux de substitution aux plastiques fossiles.

💡Le carbone consommé est utilisé comme indicateur à la place de la mention « produits biosourcés » car il permet de mesurer précisément la part de biomasse réellement intégrée dans les produits, indépendamment de leur nature ou composition.
4 Typologies des marchés biosourcés selon leur taux de pénétration et la taille totale du marché français
Les marchés biosourcés peuvent se structurer en quatre typologies distinctes, reflétant des niveaux d’adoption très variables selon les secteurs. Certains segments, comme les cosmétiques et les tensioactifs, ont atteint une forte pénétration, tandis que d’autres, tels que les plastiques et les bétons, restent encore largement dominés par les alternatives fossiles.
Marchés incontournables (vert) : Cosmétiques, tensioactifs, biosolutions
- Forte adoption des produits biosourcés (>30 % de pénétration).
- Secteurs où il est devenu indispensable d’intégrer du biosourcé.
Marchés émergents (jaune) : Isolants, colles, solvants, détergents, peintures
- Pénétration entre 5 et 10 % mais dynamique positive.
- Opportunité pour élargir les gammes biosourcées et structurer l’offre.
Marchés de niche à potentiel (bleu) : Textiles (lin, chanvre), résines, bétons, plastiques
- Fort volume de marché mais très faible part du biosourcé (<5 %).
- Difficulté d’intégration due à des chaînes de valeur établies et des coûts d’investissement élevés.
Marchés de spécialité (rouge) : Composites, lubrifiants, intermédiaires chimiques (Isobutène, 1,3-butadiène)
- Faible demande et production encore limitée.
- Besoin d’innovation pour développer des applications spécifiques compétitives

Une biomasse disponible, une consommation maîtrisée et un potentiel de développement
82 % de la biomasse utilisée dans les produits biosourcés provient des grandes cultures (blé, maïs, colza, tournesol, betterave), principalement destinées à la production de solvants, tensioactifs, plastiques biosourcés et biopolymères.

Une consommation limitée par rapport aux ressources disponibles
- L’ensemble des produits biosourcés étudiés ne mobilisent que 1 % du carbone produit annuellement en France par les grandes cultures, plantes à fibres et forêts
- L’utilisation de la biomasse et les surfaces mobilisées liées pour des applications en chimie verte et matériaux biosourcés restent relativement limitée en France à ce jour
Exemple : L’éthanol pour la chimie représente seulement 0,2 % des terres arables françaises. La filière fibre (lin, chanvre) mobilise environ 100 000 ha, soit 0,6 % des terres arables.
Ce qui laisse à priori des marges de manœuvre pour développer ces filières, même si les risques de concurrence des usages ne doivent pas être négligés et qu’une hiérarchisation de ces usages s’appuyant sur l’analyse de l’impact environnemental des différents produits est nécessaire.
À l’heure actuelle : un impact environnemental prometteur mais encore difficile à évaluer
Globalement, peu d’informations et de données permettent de réaliser une analyse macro-économique quantifiée de l’impact environnemental des produits biosourcés à l’échelle nationale. Les Analyses du Cycle de Vie (ACV) sont souvent partielles et leur fiabilité demeure disparate, en raison d’une accessibilité restreinte et d’une variabilité des méthodologies employées. Pourtant, les premiers résultats disponibles indiquent un impact environnemental globalement positif. Les produits biosourcés permettent notamment de réduire les émissions de gaz à effet de serre, en substituant des ressources fossiles par des matières premières renouvelables. Certains secteurs, comme celui du bâtiment avec les isolants biosourcés, bénéficient déjà de données fiables démontrant des gains environnementaux significatifs. L’ACV est ainsi perçue comme un levier stratégique pour objectiver ces impacts et orienter les décisions industrielles et politiques. Il est donc essentiel de renforcer la qualité et l’harmonisation des données afin d’évaluer avec précision les bénéfices environnementaux des produits biosourcés et d’appuyer leur développement sur des bases solides.
L’industrie des produits biosourcés s’inscrit dans une dynamique favorable à la création d’emplois avec le développement de nouvelles filières et la montée en puissance des solutions biosourcées
la chimie et les matériaux biosourcés sont considérés comme des leviers importants pour contribuer à réduire la dépendance de l’industrie française aux ressources fossiles et accroitre la compétitivité et l’emploi.
- Le nombre d’emplois directs liés aux produits biosourcés est estimé entre 22 000 et 40 000 selon les sources et les méthodologies utilisées.
- La chimie du végétal et la construction biosourcée comptabilisent jusqu’à 45 000 emplois directs et 4 000 indirects dans certaines études sectorielles.

Tour d’horizon des stratégies internationales pour le développement des produits biosourcés
Les approches diffèrent selon les priorités nationales :
- États-Unis et Japon : politiques de soutien aux produits biosourcés par des programmes ou réglementations favorisant l’achat de ces produits par les agences gouvernementales (Programme BioPreferred, Green Purchasing Law).
- Allemagne : soutien à la R&D et aux infrastructures, mais résultats économiques et environnementaux mitigés.
- Brésil et Malaisie : focus sur la valorisation des ressources locales et des bioénergies, avec des impacts environnementaux contrastés.
- Chine : stratégie axée sur les biotechnologies et la bio-médecine, avec une forte implication industrielle.
Des politiques publiques structurantes mais des résultats inégaux
- Les stratégies pour la bioéconomie soutiennent massivement la R&D et l’innovation, mais leur efficacité varie selon l’intégration avec les politiques environnementales.
- L’achats publics de produits biosourcés s’avère un levier efficace, notamment aux États-Unis et au Japon.
- Certaines stratégies restent centrées sur les filières traditionnelles (ex : bioéthanol au Brésil, huile de palme en Malaisie), avec un risque de pratiques agricoles intensives et d’effets rebonds sur la biodiversité.
Les politiques publiques jouent un rôle clé dans le développement des produits biosourcés, mais leur efficacité dépend de leur articulation avec les enjeux climatiques, économiques et sociétaux. Un renforcement des outils de suivi et des indicateurs de performance est essentiel pour garantir une transition réussie vers une bioéconomie durable.
Les produits biosourcés s’inscrivent dans une dynamique de croissance, mais leur plein essor nécessite une structuration renforcée des filières et une intégration cohérente avec les stratégies climat et biodiversité. Au-delà de leur rôle dans la décarbonation de l’industrie, ils sont également une source d’emplois, un levier de résilience pour les industries et apportent des bénéfices environnementaux et sociétaux significatifs.
Pour assurer un développement cohérent et durable, il est essentiel de mieux quantifier leur impact environnemental, d’harmoniser les cadres réglementaires et de lever les barrières économiques et technologiques qui freinent leur massification. Les politiques publiques à l’international montrent que le soutien à la R&D, les achats publics et des réglementations adaptées sont des leviers efficaces pour accélérer la transition. L’enjeu est désormais d’aligner le développement des produits biosourcés avec les objectifs de réduction des émissions, de préservation des ressources et de résilience industrielle, afin d’en faire un pilier clé de la bioéconomie durable.
Le saviez-vous ?

💡L’eXtrême Défi Bioéconomie, lancé par l’ADEME, accompagne le développement des filières biosourcées en structurant l’innovation, en valorisant des biomasses sous-exploitées et en soutenant le passage à l’industrialisation. Ce programme, aux côtés d’acteurs comme Bioeconomy For Change, vise à accélérer l’essor de solutions biosourcées compétitives et durables, tout en renforçant l’emploi, la souveraineté industrielle et les bénéfices environnementaux associés à ces filières.
Bioeconomy For Change est à vos côtés pour vous accompagner dans le développement de vos projets biosourcés, en facilitant l’innovation, la structuration des filières et l’accès aux opportunités de marché.
Envie d’aller plus loin ?
Découvrez l’avis de l’ADEME sur les produits biosourcés, qui analyse leur potentiel dans la transition écologique et économique. Ce document met en évidence les bénéfices environnementaux et les opportunités de marché tout en soulignant les enjeux et défis à relever pour assurer un développement durable de ces produits. Il propose également des recommandations et leviers d’action pour guider les acteurs économiques et institutionnels vers une bioéconomie plus structurée et responsable.
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